Parce que tous mes rêves sont comme cela.
Because all my dreams are like this.
* Quel immense domaine.
Quel immense maison.
Quel immense jardin.
Quelle toute petite fille pour cet immense jardin.
Entre les coquelicots et les jonquilles, au milieu de toute cette herbe haute, elle est assise.
Toute seule.
Sa robe blanche est étendue tout autour d'elle, et elle regarde une fleur à laquelle elle arrache doucement et lentement ses pétales.
« Papa m'aime, Maman m'aime, Matt m'aime, personne m'aime, Papa m'aime, Maman m'aime, Matt... »
Une larme roule du coin de son ½il et tombe sur sa main. Elle la regarde avec étonnement, puis se remet à détacher les pétales de la fleur.
Un peu plus loin, il y a ce cheval. Elle ne se rappelle même plus du nom de cette jument, et elle ne sait pas non plus pourquoi elle a choisi de s'asseoir dans son pré.
A côté de la jument, un poulain pas plus haut que l'herbe. Il gambade joyeusement autour de sa maman.
La fillette arrache la dernière pétale et éclate en sanglots. Le poulain tend l'oreille. Lorsqu'il entend les gémissements étouffés de l'enfant, il ne trouve rien de mieux à faire que de fausser compagnie à sa maman.
L'enfant est recroquevillée sur elle-même, les larmes ruissellent le long de ses joues. Ses longs cheveux d'or dévalent la pente de son dos en boucles emmêlées qui tressautent au rythme de ses sanglots.
Le poulain pose sa tête dans le creux formé par l'épaule de la fillette et sa nuque. Elle redresse la tête et plonge son regard dans celui, innocent mais néanmoins triste, de l'animal.
Ces yeux semblent dire « Arrête de pleurer, petite fille, la vie est belle ».
« Non, la vie n'est pas belle, petit cheval
- Pourquoi ? »
La voix de Matt vient de s'élever de derrière elle. Pas plus grand qu'elle, il darde sur elle son regard profond et compréhensif.
« Parce que personne ne m'aime.
- Personne ne t'aime ?
- Non.
- Et moi alors ? »
Elle redresse la tête et fronce le nez, ce qui a pour effet de faire tomber une larme sur sa joue. Elle l'essuie du revers de la main.
« Toi tu m'aimes pas.
- Qui a dit ça ?
- La fleur.
- Les fleurs parlent ? Je ne savais pas. »
Les questions de Matt sont posées d'une voix calme et pleine de logique. La fillette a le sentiment que c'est lui le gentil et elle la méchante. Alors que c'est tout le contraire. Après tout, c'est lui qui ne l'aime pas.
« Oui, les fleurs elles parlent, et elles m'ont dit que tu m'aimais pas. Ca ment pas une fleur.
- Mais moi je ne te mens pas non plus. Une fleur, ça ne réfléchit pas.
- La mienne si et elle a dit que personne m'aimait.
- Mais c'est faux puisque moi je t'aime. »
Elle redresse le menton, une ride volontaire creusant son front.
« C'est vrai, ça ?
- Oui. Pourquoi, elle t'a dit quoi ta fleur ?
- Que personne m'aimait.
- Et toi, tu penses quoi ?
- Je veux juste qu'on m'aime, moi. »
Le petit garçon lui sourit et lui tend la main. La petite fille regarde cette main, puis son ami.
« Je te promets, moi je t'aime, Lola »
Alors, elle la prend. Cette main est toute douce au toucher, et l'enfant l'aide à se relever. Elle lui pose un petit bisou sur la joue et lui murmure au creux de l'oreille.
« Oui, moi aussi je t'aime, Matt »
Quel immense domaine.
Quel immense maison.
Quel immense jardin.
Quels tout petits enfants pour cet immense jardin.
C'est vrai.
Mais quels grands éclats de rire pour de si petites bouches...
Et quel immense bonheur qui remplit cet immense espace. *
Parce que tout n'est pas si simple.
Because everything isn't that easy.